L’ANJ a accordé à Betsson France un agrément de poker en ligne pour cinq ans, ainsi qu’une autorisation de partage des liquidités. L’opérateur prévoit de s’appuyer sur le réseau iPoker de Playtech. Une nouvelle enseigne se prépare donc à rejoindre les lobbys français, avec une question encore en suspens : quand les premières cartes seront-elles distribuées ?
Une place supplémentaire se dessine à la table du poker en ligne français. Déjà présent dans les paris sportifs, Betsson a obtenu le feu vert de l’Autorité nationale des jeux pour étendre son activité au poker. Le collège du régulateur a adopté, le 15 octobre 2026, deux décisions : l’une lui délivre son agrément, l’autre l’autorise à partager ses tables avec des joueurs inscrits auprès d’opérateurs étrangers, dans le cadre réglementaire prévu à cet effet.
Pour les joueurs, l’annonce mérite davantage qu’un coup d’œil distrait entre deux tournois. Elle dessine l’arrivée d’une nouvelle marque, adossée à une infrastructure existante. Reste à découvrir ce que Betsson mettra dans son lobby et les moyens qu’il consacrera à convaincre les habitués de changer leurs habitudes.
Trois feux verts réglementaires
La décision n° 2026-171 délivre à Betsson France un agrément de « jeux de cercle en ligne », la catégorie réglementaire qui couvre le poker. Déposé le 22 juin, le dossier a abouti à une autorisation valable cinq ans à compter du 15 octobre 2026, renouvelable et incessible. Le texte précise que l’offre sera accessible depuis le domaine betsson.fr.
À cet agrément s’ajoutent l’autorisation de partage des liquidités, accordée le même jour par la décision n° 2026-172, puis l’homologation du logiciel « plateforme poker », datée du 16 octobre. Cette dernière décision a été publiée sur le site de l’ANJ le 29 octobre.
Le dossier a donc franchi plusieurs étapes essentielles. L’agrément rappelle toutefois des obligations opérationnelles, dont la déclaration de mise en fonctionnement du support matériel d’archivage avant le début de l’activité. Obtenir une licence et accueillir ses premiers joueurs restent deux moments distincts.
Playtech et Betsson se connaissent déjà
Les décisions réglementaires ne désignent pas le fournisseur de la plateforme. Le choix technologique est néanmoins étayé par les déclarations de Betsson à NEXT.io. Interrogé par le média spécialisé, Nadir Ounissi, partenaire de Betsson France, a explicitement évoqué l’utilisation de la plateforme Playtech. L’opérateur a également mis en avant la qualité de l’offre iPoker.
Cette relation ne commence pas avec le dossier français. Dans un communiqué publié en mars 2021, Playtech rappelait avoir déployé son réseau iPoker sur plusieurs marques de Betsson Group l’année précédente.
L’intérêt d’un tel réseau est simple : plusieurs enseignes peuvent s’appuyer sur une infrastructure commune et partager des tables dans les périmètres autorisés. Pour un nouvel entrant, cette organisation permet d’envisager un lancement sans devoir constituer seul, joueur après joueur, l’intégralité de son trafic.
Playtech dispose également de références sur le marché français. En février 2025, le fournisseur annonçait ainsi un partenariat avec PMU pour rejoindre son réseau iPoker.EU. Cela situe le terrain technologique choisi par Betsson, sans préjuger des tables qui seront effectivement accessibles lors de son ouverture.
Des liquidités partagées, un périmètre à préciser
Derrière le vocabulaire administratif se trouve un enjeu très concret : avoir suffisamment de joueurs pour faire tourner les tables et remplir les tournois. Une communauté plus large peut soutenir davantage de parties et des garanties plus ambitieuses. Encore faut-il connaître précisément le bassin auquel une nouvelle salle sera raccordée.
L’autorisation accordée à Betsson s’inscrit dans le cadre de la convention signée en juillet 2017 entre les régulateurs français, espagnol, portugais et italien. Elle comporte des conditions explicites : l’accord de toutes les autorités concernées et l’homologation des logiciels utilisés.
La signature de cette convention par quatre pays ne suffit donc pas à affirmer que leurs joueurs se retrouveront automatiquement ensemble chez Betsson dès le lancement. Les décisions consultées ne détaillent ni la liste des marchés effectivement connectés à l’ouverture ni celle des enseignes avec lesquelles les tables seront partagées.
Le plus dur commencera dans le lobby
Betsson arrive sur un marché qui conserve de l’allant. Selon le bilan 2025 de l’ANJ, le poker en ligne français a généré 525 millions d’euros de produit brut des jeux, en hausse de 6,5 %. Le nombre de comptes joueurs actifs a progressé de 16,5 %, à 2,465 millions. Il s’agit bien de comptes : un même joueur peut en détenir plusieurs auprès de différents opérateurs.
L’opérateur explique à NEXT.io vouloir prolonger sa présence française dans les paris sportifs. Il précise que sa décision repose sur le marché actuel du poker, sans dépendre d’une éventuelle évolution du cadre réglementaire des casinos en ligne.
Pour les joueurs, le véritable rendez-vous reste la présentation de l’offre. Calendrier des MTT, garanties, frais, programme de fidélité, application mobile : autant d’éléments qui permettront de mesurer les ambitions françaises de Betsson. Les sources consultées ne donnent pas encore de date d’ouverture.
L’agrément lui réserve une place. Pour s’installer durablement, il faudra maintenant donner aux joueurs une raison d’ouvrir un lobby supplémentaire.
