Quatre ans après avoir remporté l’un des titres les plus importants de sa carrière, Julien Pérouse a choisi de raconter ce que la photo du vainqueur ne montrait pas. Derrière le bracelet WSOP et les 324.767 $ affichés se cachaient les taxes, les parts revendues, les tensions avec certains partenaires et une sévère rechute financière.
« Tout le monde voyait mon bracelet. Personne ne voyait ce que je traversais. » Dans une série de planches publiée sur ses réseaux sociaux, Julien Pérouse revient avec une rare franchise sur les mois qui ont suivi son sacre aux World Series of Poker 2022.
Cette année-là, le Français expatrié au Canada avait dominé le High Roller Online à 3.200 $ des WSOP. Le tournoi avait rassemblé 340 entrées pour un prizepool de 1.343.677 $. Il avait notamment devancé Brian Altman avant de battre Calvin Anderson en heads-up pour décrocher son premier bracelet et un chèque de 324.767 $. Une victoire qui constituait alors le plus gros résultat de sa carrière. Les résultats sont consultables sur le site officiel des WSOP.
DE 324.767 $ À UNE RÉALITÉ BIEN DIFFÉRENTE
Sur le papier, Pérouse venait de changer de dimension. Dans les faits, le montant affiché ne correspondait pas à la somme réellement disponible. Une réalité fréquente dans le poker de tournoi, où les joueurs vendent régulièrement des parts de leur programme et échangent des pourcentages avec d’autres professionnels.
Selon son récit, près de 100.000 $ ont d’abord été retenus à la source au titre des taxes américaines. Il fallait ensuite régler les parts de ses backers et les différents swaps conclus avant le tournoi.
« Après la victoire, je me suis retrouvé seul à faire la comptabilité », explique-t-il. Des incompréhensions et des doutes auraient alors fait naître des tensions avec certains de ses partenaires. Le joueur précise ne pas vouloir désigner de responsable et reconnaître pleinement sa part dans cet épisode. Les dialogues présentés dans ses illustrations sont d’ailleurs reconstitués et les personnages anonymisés.
Le contraste avec l’image publique était saisissant : d’un côté, un bracelet et un gain officiel supérieur à 320.000 $ ; de l’autre, un joueur absorbé par les comptes, les justifications et le sentiment de ne pas pouvoir profiter de sa victoire.
« J’AI CRU QUE CETTE VICTOIRE ME RENDAIT INVINCIBLE »
À cette pression financière s’est ajoutée une erreur que Pérouse assume aujourd’hui sans détour. Porté par son succès, il a augmenté ses limites et engagé des sommes trop importantes.
« J’ai cru que cette victoire me rendait invincible. J’ai joué trop cher », confesse-t-il. La sanction a été rapide : environ 60.000 $ perdus dans la foulée. Celui qui avait auparavant remporté un titre SCOOP et signé plusieurs performances majeures en ligne reconnaît avoir laissé son ego et son insécurité guider ses décisions.
Cette période aurait également dégradé ses relations personnelles et professionnelles. Dans son récit, il résume brutalement l’écart entre le gain annoncé et sa situation réelle : 320.000 $ remportés, mais seulement 30.000 $ finalement « ramenés à la maison » après les taxes, les parts reversées et les pertes. « J’ai fini broke. Il m’a fallu trois ans pour m’en remettre », écrit-il.
CE QUE LES RÉSULTATS NE RACONTENT PAS
La prise de parole rappelle surtout une évidence souvent oubliée dans le poker : le gain inscrit sur une fiche de résultats ne correspond presque jamais au bénéfice net d’un joueur. Les frais, la fiscalité, le staking, les swaps et les pertes ultérieures restent invisibles.
Fondateur de Step Up Poker et professionnel reconnu du jeu en ligne, Julien Pérouse ne cherche pas à effacer la valeur sportive de son bracelet. Il choisit simplement d’en raconter l’autre versant, plus intime et beaucoup moins glorieux.
« Un titre ne te rend pas invulnérable. Tu peux réaliser ton rêve et avoir quand même besoin d’aide. » Une confession inhabituelle dans un milieu où les victoires sont largement exposées, tandis que les périodes de doute restent souvent hors champ.
