Philippe Bouvard, homme de radio et passionné de poker, est mort à 96 ans

Figure incontournable de la radio et de la télévision françaises, Philippe Bouvard est mort ce lundi 24 août à l’âge de 96 ans, à son domicile de Cannes. L’annonce de sa disparition a été faite par son épouse auprès de RTL, la station à laquelle il avait consacré soixante années de sa vie. Derrière l’animateur historique des Grosses Têtes se cachait également un authentique amoureux du poker et des tapis verts.

Une immense figure de la radio française

Né le 6 décembre 1929 à Coulommiers, Philippe Bouvard avait débuté sa carrière dans la presse écrite avant de s’imposer à la radio et à la télévision. Journaliste, éditorialiste, écrivain, dialoguiste et homme de spectacle, il avait surtout marqué plusieurs générations d’auditeurs à la tête des Grosses Têtes.

Premier animateur de l’émission lors de sa création en 1977, il en avait tenu les commandes pendant 37 ans, jusqu’en 2014. Écarté brièvement en 2000, il avait retrouvé son fauteuil quelques mois plus tard face à la chute des audiences. Philippe Bouvard avait finalement pris sa retraite en janvier 2025, après soixante ans passés sur RTL.

Mais loin des micros, le journaliste cultivait une autre passion, beaucoup plus ancienne : celle du jeu.

Initié au poker dès l’âge de neuf ans

Philippe Bouvard racontait avoir grandi dans une famille où l’on battait régulièrement les cartes. Il aurait appris la belote à cinq ans, le gin-rummy à sept ans, puis le poker fermé à neuf ans. Le poker ouvert, ou stud poker, allait ensuite occuper une place importante dans sa vie d’adulte.

Cette fascination pour le jeu traversera plusieurs de ses ouvrages. Dès 1975, il publie Impair et passe : un oursin sur les tapis verts, récit dans lequel il décrit de l’intérieur les casinos, les joueurs et les grandes parties privées. Il reviendra ensuite sur cette passion dans Joueurs, mes frères… puis dans Tout sur le jeu – Les joueurs, les jeux, les casinos.

À une époque où le poker restait encore entouré de discrétion, Philippe Bouvard appartenait à cette génération pour laquelle « monter une table » constituait déjà une aventure. Il fallait réunir six ou sept participants, organiser le dîner et choisir soigneusement les invités avant que les cartes ne soient distribuées.

Les parties du lundi avec Patrick Bruel

Pendant onze ans, Philippe Bouvard a ainsi organisé chaque lundi une partie de poker chez lui. Autour de la table se retrouvaient notamment Patrick Bruel, Claude Zidi ou encore Vincent Lindon.

Patrick Bruel avait raconté que ces soirées étaient avant tout placées sous le signe de la convivialité. Le dîner constituait un passage obligé avant de pouvoir participer à la partie : chez Bouvard, insistait-il, « ce n’était pas un tripot ». On venait jouer, bien sûr, mais également discuter, rire et retrouver une bande d’amis.

L’animateur ne cachait d’ailleurs pas que Patrick Bruel se montrait particulièrement redoutable. Avec son humour habituel, il lui avait un jour rappelé qu’il justifiait pleinement son statut de champion du monde en venant régulièrement délester ses adversaires de leurs jetons.

Une passion aussi forte que lucide

Philippe Bouvard n’a jamais cherché à enjoliver son rapport aux jeux d’argent. Il reconnaissait avoir parfois joué au-dessus de ses moyens et avoir perdu davantage qu’il n’aurait dû. En 1993, il expliquait même avoir demandé à être interdit de casino.

Il décrivait le jeu comme un « risque immobile », capable d’apporter de l’imagination et de l’ambition, mais également de conduire à la perte d’une situation ou d’une famille. Cette lucidité ne l’empêchait pas de conserver toute sa vie une attirance pour l’adrénaline procurée par les cartes.

« Quand je joue, j’achète de l’émotion », résumait-il.

Installé une partie de l’année sur la Côte d’Azur, il fréquentait encore régulièrement le Casino de Monte-Carlo. Au début des années 2010, il disait s’y rendre pour retrouver des connaissances et pratiquer l’Ultimate Poker, un jeu de table inspiré du Texas Hold’em. Peu attiré par les longues nuits, il ne restait souvent qu’une trentaine de minutes, au point d’avoir reçu le surnom de « Commandant Couche-Tôt ».

Le poker français perd l’un de ses plus célèbres amateurs

Philippe Bouvard n’était ni un professionnel ni un habitué des grands tournois internationaux. Son poker était celui des parties privées, des personnages hauts en couleur, des conversations prolongées et des histoires que l’on racontait longtemps après avoir rangé les jetons.

Il observait avec une certaine nostalgie la transformation du jeu, devenu un spectacle télévisé puis une industrie mondiale. Mais il en avait compris très tôt la richesse humaine, les excès et les contradictions.

Avec sa disparition, le monde du poker perd l’un de ses amateurs les plus célèbres, mais aussi l’un de ceux qui ont le mieux raconté cette étrange attraction exercée par les tapis verts.