WSOP MAIN EVENT 2026 : SUR LES 30,25 MILLIONS DE LA TABLE FINALE, 12,27 MILLIONS DEVRAIENT PARTIR EN IMPÔTS

Lucas Jumalon a officiellement remporté 10 millions de dollars en devenant champion du monde. Après impôts, l’Américain conserverait plutôt 6,01 millions. Sur l’ensemble de la table finale, 40,58 % des gains devraient revenir aux différentes administrations fiscales. Une estimation spectaculaire, mais qui doit être examinée avec prudence.

Les neuf finalistes du Main Event des WSOP ont quitté Las Vegas avec des gains compris entre un et dix millions de dollars. Du moins sur le papier.

Une fois les règles fiscales américaines, les conventions internationales et les impôts dus dans le pays de résidence appliqués, les 30,25 millions de dollars distribués par les WSOP seraient ramenés à un peu moins de 18 millions.

L’estimation provient de Russ Fox, fiscaliste américain installé à Las Vegas, qui publie chaque année sur Taxable Talk son analyse de la table finale. Selon ses calculs, les différentes administrations devraient récupérer 12.273.963 dollars, soit 40,58 % des gains.

Ces chiffres ont depuis été largement repris, mais parfois présentés comme des sommes déjà prélevées. La réalité est plus complexe. Une partie correspond à des retenues opérées aux États-Unis, tandis que le reste représente des impôts qui devraient être établis ultérieurement dans le pays ou l’État de résidence du joueur.

Il s’agit donc d’estimations, et non du solde exact figurant aujourd’hui sur chaque compte bancaire.

LUCAS JUMALON : 10 MILLIONS BRUTS, 6 MILLIONS APRÈS IMPÔTS

Vainqueur devant 9 208 participants, Lucas Jumalon a reçu 10 millions de dollars et le bracelet de champion du monde.

Le joueur de 22 ans réside dans l’État de Washington, qui ne prélève pas d’impôt général sur le revenu des particuliers. Considéré comme joueur professionnel, Jumalon reste toutefois soumis à l’impôt fédéral ainsi qu’aux prélèvements liés à son activité indépendante.

Russ Fox estime sa facture à 3 990 826 dollars. Son gain net théorique serait donc de 6 009 174 dollars, pour un taux effectif de 39,91 %.

L’écart demeure immense, mais il reste moins pénalisant que celui subi par certains finalistes américains installés en Californie ou dans le New Jersey. Aux États-Unis, deux joueurs ayant gagné la même somme peuvent terminer avec des montants très différents selon leur État de résidence.

SAASKILAHTI : LA RÉSIDENCE ESPAGNOLE COÛTE CHER

Deuxième pour 6 millions de dollars, Lauri Saaskilahti offre le meilleur exemple de l’importance de la résidence fiscale.

Le Finlandais vit à Barcelone. Sa nationalité n’est donc pas le principal élément pris en compte : c’est sa résidence espagnole qui détermine l’essentiel de son imposition.

La convention fiscale entre les États-Unis et l’Espagne lui permet d’éviter la retenue américaine sur ce gain. Les conventions fiscales recensées par l’IRS peuvent en effet accorder une exonération ou une réduction aux résidents de certains pays.

Le gain reste toutefois imposable en Espagne. L’administration espagnole considère les gains de jeu ordinaires comme des gains patrimoniaux intégrés à la base générale de l’impôt sur le revenu, les pertes pouvant être prises en compte sous certaines conditions, comme le précise l’Agencia Tributaria.

L’impôt espagnol de Saaskilahti est estimé à 2 773 000 dollars. Son gain net tomberait ainsi à 3 227 000 dollars, soit un taux effectif de 46,22 %.

Avant impôts, l’écart entre sa deuxième place et la troisième de Greg Mueller atteint 2,25 millions. Après fiscalité, il se réduit à seulement 599 000 dollars.

LES DEUX CANADIENS LIMITÉS À LA RETENUE AMÉRICAINE

Greg Mueller et Rami Hammoud bénéficient d’un traitement beaucoup plus favorable dans les estimations de Russ Fox.

Pour les joueurs étrangers ne disposant pas d’une exemption applicable, les gains de jeu réalisés aux États-Unis sont généralement soumis à une retenue de 30 %. Cette règle est détaillée dans la Publication 515 de l’IRS. Le poker de tournoi ne fait pas partie des jeux spécialement exonérés, contrairement notamment au blackjack, au baccarat, au craps ou à la roulette dans certaines situations.

Troisième pour 3,75 millions, Greg Mueller devrait subir une retenue américaine de 1 122 000 dollars. Il conserverait 2 628 000 dollars, soit 70,08 % de son gain.

Cette estimation repose cependant sur une hypothèse importante : le Canadien serait désormais semi-retraité et ne serait plus considéré comme exerçant le poker à titre professionnel. Si l’administration canadienne qualifiait son activité d’entreprise, le traitement pourrait être différent.

Rami Hammoud, sixième pour 1,75 million, est présenté comme joueur amateur et responsable dans le secteur de l’analyse de données à Montréal. Il ne devrait pas être imposé au Canada sur ce gain, mais subirait une retenue américaine de 522 000 dollars. Son net est estimé à 1 228 000 dollars.

L’Agence du revenu du Canada indique que les gains de jeu obtenus aux États-Unis ne sont normalement pas à reporter dans la déclaration canadienne et que la retenue américaine ne donne pas droit à un crédit d’impôt au Canada. Cette règle, présentée sur le site officiel de l’administration canadienne, concerne le traitement habituel des joueurs non professionnels.

GAGLIANO ET SHAEVEL PÉNALISÉS PAR LEUR ÉTAT DE RÉSIDENCE

Michael Gagliano a terminé quatrième pour 2,75 millions de dollars. Professionnel depuis plus de quinze ans et résident du New Jersey, il cumule impôt fédéral, prélèvements liés à son activité professionnelle et impôt de l’État.

Sa facture est estimée à 1 330 683 dollars, dont 1 058 348 dollars au niveau fédéral et 272 335 dollars pour le New Jersey. Il conserverait 1 419 317 dollars, soit à peine 51,61 % de son gain.

Jamie Shaevel subit le taux le plus élevé de la finale. Septième pour 1,5 million, le joueur californien devrait verser 598 373 dollars à l’administration fédérale et 157 127 dollars à la Californie.

Le total atteint 755 500 dollars. Shaevel conserverait seulement 744 500 dollars : sa facture fiscale serait donc supérieure à son gain net. Son taux effectif de 50,37 % est le plus important des neuf finalistes.

À l’inverse, Han Feng profite de sa résidence au Texas, un État sans impôt sur le revenu des particuliers. Cinquième pour 2,25 millions, le professionnel américain devrait verser 889 753 dollars au niveau fédéral et conserver 1 360 247 dollars, soit 60,46 % de son gain.

MARIO BOOS : POURQUOI LE FRANÇAIS DEVRAIT ÊTRE IMPOSÉ

La situation de Mario Boos intéresse directement le public français. Huitième du Main Event, l’Alsacien a officiellement remporté 1,25 million de dollars après son élimination face à Lauri Saaskilahti.

Grâce à la convention fiscale franco-américaine, il ne devrait pas supporter la retenue américaine de 30 %. L’existence de cette exemption est également prise en compte dans les documents consacrés par l’IRS à la convention entre la France et les États-Unis.

Cela ne signifie pas que son gain est exonéré.

En France, les gains occasionnels d’un joueur amateur ne sont normalement pas imposables. La situation change lorsque le poker est pratiqué de manière habituelle, avec un savoir-faire permettant de maîtriser significativement l’aléa et d’en tirer des revenus importants.

Le Bulletin officiel des finances publiques classe alors les profits dans la catégorie des bénéfices non commerciaux. Cette position repose notamment sur une décision du Conseil d’État du 21 juin 2018.

Russ Fox considère Mario Boos comme un joueur professionnel. Il estime donc son imposition française à 543 701 dollars, ce qui laisserait au Français 706 299 dollars. Le taux effectif atteindrait 43,50 %.

Ce calcul ne constitue cependant pas une liquidation officielle de l’impôt français. La qualification de joueur professionnel dépend d’un ensemble d’éléments : fréquence de jeu, régularité des résultats, niveau de maîtrise, importance des revenus et organisation générale de l’activité.

Le bénéfice imposable ne correspond pas non plus nécessairement au montant brut affiché par les WSOP. Les buy-ins, les frais professionnels et les sommes reversées à des investisseurs peuvent être déduits s’ils sont réels et correctement documentés.

Une décision de la cour administrative d’appel de Bordeaux a notamment confirmé que des droits d’entrée et certains mouvements liés au staking pouvaient réduire le bénéfice imposable d’un joueur professionnel, sous réserve de justificatifs suffisamment précis.

Le montant que Mario Boos conservera réellement peut donc être différent des 706 299 dollars avancés.

EVAGOROU : 30 % AUX ÉTATS-UNIS, PUIS UN COMPLÉMENT À CHYPRE

Neuvième pour un million de dollars, Evagoras Evagorou devrait subir une retenue américaine proche de 30 % sur la somme nette du buy-in, soit environ 297 000 dollars.

Contrairement à ce qui a parfois été écrit, les États-Unis et Chypre disposent bien d’une convention fiscale entrée en vigueur en 1986. Celle-ci ne prévoit toutefois pas d’exonération générale applicable à ce type de gain de tournoi.

Evagorou pourrait ensuite utiliser l’impôt américain comme crédit à Chypre et ne payer qu’un complément local estimé à 49 500 dollars.

Sa facture totale atteindrait ainsi 346 500 dollars. Son gain net serait de 653 500 dollars, soit un taux effectif de 34,65 %.

LE DÉTAIL DES GAINS APRÈS IMPÔTS

Selon les estimations de Russ Fox :

  • Lucas Jumalon : 10.000.000 dollars bruts, 3 990 826 dollars d’impôts, 6 009 174 dollars nets ;
  • Lauri Saaskilahti : 6 000 000 bruts, 2 773 000 d’impôts, 3 227 000 nets ;
  • Greg Mueller : 3 750 000 bruts, 1 122 000 d’impôts, 2 628 000 nets ;
  • Michael Gagliano : 2 750 000 bruts, 1 330 683 d’impôts, 1 419 317 nets ;
  • Han Feng : 2 250 000 bruts, 889 753 d’impôts, 1 360 247 nets ;
  • Rami Hammoud : 1 750 000 bruts, 522 000 d’impôts, 1 228 000 nets ;
  • Jamie Shaevel : 1 500 000 bruts, 755 500 d’impôts, 744 500 nets ;
  • Mario Boos : 1 250 000 bruts, 543 701 d’impôts, 706 299 nets ;
  • Evagoras Evagorou : 1 000 000 brut, 346 500 d’impôts, 653 500 nets.

Au total, les neuf joueurs conserveraient 17.976.037 dollars sur les 30.250.000 annoncés.

L’IRS récupérerait à lui seul environ 8,48 millions. Le reste serait réparti entre l’Espagne, la France, Chypre, le New Jersey et la Californie.

LA NOUVELLE RÈGLE AMÉRICAINE QUI INQUIÈTE LES PROFESSIONNELS

Cette table finale est aussi la première disputée sous la nouvelle législation américaine limitant la déduction des pertes de jeu.

Depuis 2026, un contribuable américain ne peut plus déduire que 90 % de ses pertes, dans la limite de ses gains. La Publication 505 de l’IRS confirme cette modification.

Un joueur ayant enregistré un million de dollars de gains et un million de pertes peut ainsi rester imposable sur 100 000 dollars alors que son résultat économique réel est nul. Ce mécanisme, souvent qualifié de « revenu fantôme », peut devenir extrêmement pénalisant pour les professionnels qui engagent chaque année des volumes considérables.

La victoire de Jumalon ou les gains de Gagliano, Feng et Shaevel ne seront donc pas étudiés isolément. Leur impôt définitif dépendra de l’ensemble de leur activité en 2026, des autres gains, des buy-ins, des pertes admissibles et de la manière dont leur statut professionnel sera traité.

DES CHIFFRES QUI IGNORENT LE STAKING ET LES SWAPS

Une dernière inconnue empêche de confondre ces estimations avec la fortune réellement acquise par les finalistes : les accords financiers entre joueurs.

De nombreux participants vendent une partie de leur action avant un tournoi ou échangent quelques pourcentages avec d’autres professionnels. Un joueur officiellement crédité de deux millions de dollars peut n’en posséder personnellement que la moitié, voire moins.

Russ Fox précise qu’il ne tient pas compte de ces contrats, faute d’informations publiques. Les montants nets présentés correspondent donc à une hypothèse dans laquelle chaque finaliste possède 100 % de son action.

La table finale a officiellement distribué 30,25 millions de dollars. La fiscalité devrait en absorber un peu plus de 12,27 millions. Mais entre les impôts définitifs, les pertes annuelles, les frais déductibles et les parts revendues, le montant réellement conservé par chacun restera largement confidentiel.

Le bracelet de Lucas Jumalon, lui, ne subira aucune retenue.