Avant de devenir une figure du poker et du coaching en Spins, Louis Lechevretel dit « Lucho Poker » s’est d’abord construit dans l’exigence du sport de haut niveau. Ancien joueur de tennis professionnel, passé par les horaires aménagés, le CNED et une vie entièrement tournée vers la performance, il atteint la 86e place française avant que les blessures et le Covid ne redistribuent les cartes.
C’est pendant cette période que le poker prend une place de plus en plus importante dans sa vie. D’abord joueur de MTT, il se tourne ensuite vers le Cash Game pour mieux gérer son emploi du temps et financer sa carrière tennistique. Le poker devient alors un véritable levier financier, jusqu’à prendre progressivement le dessus.
Enchaînant travail, coaching et montée de limites, Lucho Poker step up jusqu’à la NL1K avant de s’imposer sur le format Spins. Son approche, marquée par la rigueur du sport de haut niveau, l’importance du préflop, du thinking process et de la macro, l’amène à développer la Lucho Family : une méthode d’accompagnement pensée pour aider les joueurs à progresser, performer et, pour certains, vivre du poker.
Aujourd’hui, Lucho Poker incarne un profil à part : celui d’un compétiteur devenu coach, qui applique au poker les codes de l’exigence, de la remise en question et de la performance durable.
D’abord, peux-tu nous présenter ton parcours personnel avant d’arriver au poker ?
Mon parcours est assez atypique. Tout commence très tôt : à 4 ans, je commence le tennis, et ce sport va prendre une place énorme dans ma vie. Je vais m’y investir à fond, jusqu’à devenir joueur professionnel et atteindre la 86e place française. À 8 ans, je rencontre mon coach, qui va devenir un véritable mentor pendant de nombreuses années. Anecdote assez drôle : lui aussi joue au poker.
Au collège, je passe en horaires aménagés en 5e, puis au CNED en 3e, pour pouvoir m’entraîner toute la journée, que ce soit à la maison ou au club. Je passe ensuite mon bac en candidat libre, avec l’objectif de me consacrer à 100 % au tennis. Malheureusement, à 20 ans, de gros problèmes de santé m’éloignent des courts pendant presque un an. Mais je reviens, j’atteins mon meilleur classement, 86e français, puis arrive le Covid. Et c’est là que le poker prend davantage de place.
Comme tout le monde, je suis bloqué chez moi. Je joue énormément en MTT à cette période, avec des fields incroyables. Je me souviens notamment d’avoir gagné le Desperados sur Winamax pour 900 €. À ce moment-là, c’était ma plus grosse perf.
Ensuite, la vie reprend normalement : les entraînements, l’hygiène de vie, les contraintes du tennis… Les longues sessions de MTT la nuit deviennent impossibles à gérer. Je me tourne donc vers le Cash Game, qui me permet de mieux organiser mon temps. À ce moment-là, mon objectif est simple : gagner un maximum d’argent pour financer ma saison de tennis. Il faut savoir qu’une saison sur le circuit coûte au minimum 50 000 €. Même si ma famille m’a énormément soutenu, il fallait limiter les frais. Chaque euro gagné au poker me permettait donc d’aller un peu plus loin.
Je combine alors les deux activités, mais le tennis reste ma priorité. Le poker est surtout un outil financier. Puis les blessures s’enchaînent. Pendant les périodes de rééducation, mon emploi du temps s’allège, ce qui me permet de step up, de prendre du coaching et de grind sérieusement. Je monte jusqu’à la NL1K et je commence à sortir de très beaux mois.
À quel moment t’es-tu dit : “OK, je peux devenir professionnel sur ce format” ?
Très vite. Comme je gagnais déjà correctement en Cash Game, je me suis renseigné, j’ai fait quelques simulations avec SwongSim, et j’ai compris qu’avec du travail, je pouvais vraiment print sur ce format.
J’ai rapidement atteint un niveau correct, même si j’ai mis un peu de temps à faire exploser mes résultats. Je comprenais déjà bien les spots postflop, mais il m’a fallu deux ou trois mois pour réaliser à quel point le préflop était crucial en Spins. Après analyse, je faisais beaucoup d’erreurs. Une fois corrigées, les résultats ont vraiment décollé.

Il y a aussi un point important pour moi : j’entends souvent dire que le poker est très difficile. Mais venant du tennis, je dois avouer qu’on est à des années-lumière. Si je compare vivre du poker et vivre du tennis, le poker est mille fois plus accessible. C’est évidemment exigeant, mais la marche à franchir pour en vivre est, selon moi, beaucoup moins haute que dans le sport de haut niveau.
Est-ce qu’on peut encore devenir très gagnant en Spins en 2026 malgré la montée du niveau et des solveurs ?
Oui, clairement. Pour moi, il y a deux types de joueurs gagnants. Le premier, c’est le joueur de Spins 5 €. Il rencontre encore une proportion magnifique de joueurs récréatifs et peut obtenir de très bons résultats avec des compétences relativement accessibles. On parle quand même de mois entre 2 000 et 5 000 €. C’est déjà au-dessus du salaire médian en France, avec un niveau de compétence qui reste loin d’un bac +5. Donc oui, sortir un premier salaire régulier au poker reste totalement atteignable en 2026.
Ensuite, il y a les joueurs qui visent beaucoup plus haut, autour de 10 000 € par mois. Là, l’arrivée des solveurs et la quantité de contenu disponible ajoutent évidemment de la difficulté. Mais avec du sérieux, de la volonté et une bonne méthodologie, cela reste largement atteignable.
Il faut rester lucide : à mes yeux, le poker est encore loin du niveau de professionnalisme du sport de haut niveau. J’ai accompagné beaucoup de joueurs dans cette quête des 10 000 € par mois, et j’ai moi-même dépassé cet objectif. Je ne pense pas que nous soyons des génies. Je pense surtout qu’on est bosseurs, qu’on a su bien s’entourer et se remettre en question. Pour moi, ce sont les trois compétences essentielles : travailler, s’entourer, se remettre en question. Et concernant les solveurs, ils sont tellement mal utilisés par la plupart des joueurs que, bien souvent, ils deviennent même un frein.
Qu’est-ce qui différencie la méthode Lucho Family d’un coaching poker plus classique ?
L’accompagnement. C’est un mot qui peut paraître simple, mais qui a une énorme importance pour moi. Dans un projet aussi fort que celui de vivre du poker, il y a énormément de moments clés : savoir prendre les bonnes décisions, rebondir, ralentir ou accélérer au bon moment. Pour ça, il faut passer du temps avec la personne. Tu ne peux pas bien accompagner un joueur dans sa carrière si tu ne le connais pas vraiment.
C’est pour cette raison que chaque joueur qui rejoint la Team devient une priorité. C’est aussi pour ça que je travaille avec plusieurs coachs qui m’épaulent. Je ne pourrais pas accompagner autant de joueurs seul avec le niveau de qualité que je souhaite pour la Lucho Family.
J’ai besoin que chaque joueur puisse être la priorité de son coach. C’est d’ailleurs pour cela que je travaille uniquement avec des coachs que j’ai formés, et en qui j’ai une confiance totale.
Un autre point essentiel : on ne lâche jamais un joueur qui travaille, qui montre de la détermination et qui écoute. On ne pourra pas se battre éternellement pour quelqu’un qui ne fait pas d’efforts ou ne suit pas les conseils. Mais on ne lâchera jamais un joueur qui nous prouve qu’il en veut, quelle que soit sa situation ou les difficultés rencontrées.
Car oui, pour moi, vivre du poker est accessible à beaucoup de monde. Mais certains parcours nécessitent un soutien très solide pour ne pas abandonner.
Dans cinq ans, tu te vois encore grinder ou surtout développer ton écosystème poker ?
Honnêtement, je n’en sais rien. Cinq ans, c’est à la fois très court et très long. La seule chose que je sais, c’est que je veux être excellent dans ce que je fais. Si c’est du grind, je veux performer à fond. Si c’est du coaching, je veux être le meilleur coach possible. Si c’est le développement de mon écosystème poker, je veux créer quelque chose de très fort.
Je dois quand même dire que ce dernier point m’excite davantage, parce qu’il ouvre plus de portes et apporte plus de nouveauté. Et je me connais : j’ai besoin de nouveauté et de challenge pour aimer mon quotidien. Peut-être que ce sera encore autre chose. Mais quoi qu’il arrive, je veux continuer à construire, progresser et viser l’excellence.
