Fabien Richard : « En dix nuits, à Las Vegas, j’ai transformé une épreuve en livre »

Journaliste, couvreur poker, auteur, mais aussi artiste aux multiples facettes, Fabien Richard traverse aujourd’hui une période charnière de son parcours. Avec la sortie de Fils de flic, un ouvrage intime écrit dans des circonstances profondément marquantes, il livre un récit personnel où se mêlent mémoire, transmission et quête de sens. Entre écriture, poker et projets artistiques, il revient sur son actualité, son rapport à son père, et son regard sur une industrie qu’il connaît de l’intérieur depuis près de vingt ans.

Bonjour Fabien. En ce moment, le cœur de ton actualité, c’est la sortie de ton livre Fils de flic. Pourquoi avoir ressenti le besoin de l’écrire ? Et quelle relation particulière entretiens-tu avec ton père ? Quel souvenir t’en reste aujourd’hui ?

J’ai commencé à travailler sur l’écriture du livre Fils de flic il y a maintenant cinq ans. À la base, ce n’était pas un livre qui devait être écrit, mais simplement un double texte que j’avais rédigé à la suite d’une interview d’Olivier Marchal que j’avais découverte sur BFM TV.

Elle m’avait énormément marqué. Il parlait du statut des policiers : des hommes qui, chaque jour, allaient se battre pour sauver les gens en risquant leur vie pour une paye médiocre. Il était très en colère ce soir-là dans l’émission de Bruce Toussaint. À la suite de cela, vers 1h30 du matin, j’avais écrit d’un seul trait deux posts que j’avais partagés à l’époque sur Instagram.

C’était au moment de la sortie du film Bronx d’Olivier Marchal, et lui-même, ainsi que les membres de son équipe, avaient quasiment tous liké ce double post sur les réseaux sociaux. Cela m’avait donné envie. J’avais conservé ce texte dans un carnet de notes.

Depuis cette époque, j’avais beaucoup de conversations avec mon père sur sa carrière, sur sa jeunesse, sur son propre père, sur la police et sur bien d’autres sujets. Et puis, le 24 juin 2025, malheureusement, mon père est décédé. À ce moment-là, cela a réveillé en moi ce texte, et j’ai décidé d’en faire un livre.

J’ai d’abord veillé le corps de mon père pendant plusieurs jours. Je n’ai malheureusement pas pu être présent à ses funérailles. C’est à ce moment-là que j’ai pris la décision, lorsque je me suis rendu à Las Vegas pour le travail — car je devais m’y rendre pour des responsabilités familiales, des factures à régler et des projets à assurer. Je n’ai pas pu enterrer mon père, et là-bas, en dix nuits, j’ai écrit ce livre.

Aujourd’hui, il me reste de mon père un souvenir extraordinaire. Même si la relation était particulière, faite de hauts et de bas, de blancs et de noirs — je dirais souvent de gris —, d’incompréhensions, de questions et de silences… je sais finalement que c’est dans ces silences qu’il y avait de l’amour et beaucoup d’échanges. C’est dans le silence que nous nous parlions.

Quel accueil as-tu reçu depuis la sortie du livre ? Comment a-t-il été perçu par tes proches, mais aussi par les lecteurs ? Et du côté de la communauté poker, quels retours as-tu eus ?

Quand j’ai terminé d’écrire le livre, je l’ai achevé fin août, début septembre, alors que je vivais au Gabon, avec ma famille. Ce voyage, initialement professionnel pour le travail de mon épouse, m’a permis de prendre du recul et de finaliser les derniers chapitres.

Il y a notamment un chapitre que j’ai intitulé Itinéraire d’un enfant gâté, en hommage au film avec Jean-Paul Belmondo. Moi aussi, j’ai profité de cet ailleurs, de cette parenthèse de vie, pour terminer le livre.

En septembre et en octobre, j’ai fait lire le manuscrit à des personnes qui avaient travaillé avec mon père, à des témoins présents dans le livre, ainsi qu’à des bêta-lecteurs. Les retours ont été très forts, très émouvants.

Je l’ai ensuite fait lire à des proches, à des amis. Ma mère n’a pas eu la force de le lire, ni mon frère, même encore aujourd’hui. Mais toutes les personnes qui l’ont lu ont été profondément touchées, autant par le fond que par la construction des témoignages.

J’ai ensuite présenté le livre à une dizaine de maisons d’édition. J’ai reçu environ cinq propositions contractuelles et j’ai choisi de travailler avec Hello Éditions, avec qui je me suis immédiatement senti en confiance.

Du côté de la communauté poker, je remercie sincèrement toutes celles et ceux qui ont acheté le livre. J’ai été très touché par certains soutiens, parfois inattendus. Cela m’a même bouleversé, tant les messages reçus étaient forts.

Bien sûr, comme dans tous les milieux, certains ne se sont pas manifestés. Mais celles et ceux qui ont été présents ont été précieux.

Tu es également journaliste et covereur poker. Peux-tu nous raconter ton expérience récente sur le Winamax Poker Tour à Aix-en-Provence ?

Mon expérience sur la Grande Finale du Winamax Poker Tour 2026 a été, comme l’an dernier, exceptionnelle. Une semaine formidable.

Ce n’est pas un discours de façade : l’accueil, les conditions de travail, l’écoute des journalistes sont vraiment remarquables. On travaille dans des conditions optimales.

Les équipes de communication — Jachara, Théo, Mathieu Durand et les autres — font un travail remarquable. Il y a aussi Benjo et toutes les équipes médias. Il se crée une vraie dynamique collective, une forme d’union sacrée propre aux événements Winamax.

Et puis il y a les joueurs. L’ambiance est unique. Les amateurs côtoient les pros, les échanges sont naturels. J’ai notamment été marqué par les interviews avec Nicolas Duvauchelle, Fred Musa, Julien Sitbon et Kool Shen.

Participer à un événement Winamax, que ce soit à Dublin, à Aix ou ailleurs, c’est toujours une fête. Et cela le sera encore à Estoril ou lors du WPO à Aix-les-Bains.

As-tu prévu de te rendre à Las Vegas cet été pour couvrir les World Series of Poker ?

L’an dernier, avec le décès de mon père, je n’avais pu être présent aux WSOP qu’à travers le Main Event. Je tiens d’ailleurs à remercier 888poker, qui m’avait soutenu et permis de couvrir cet événement en tant que photographe et responsable des réseaux sociaux.

Cette année, je serai à Las Vegas du 23 juin au 15 juillet. J’y serai avant tout pour Live Poker, avec du coverage en direct sur l’application et sur la version web, live-poker.com, ainsi que sur livepoker.fr.

Je vais faire un gros travail de suivi des résultats, notamment des Français, avec des photos, des chipcounts, des fields. Je vais raconter énormément de choses à travers ces coverages.

Une grande partie de mon travail sera consacrée à Live Poker, mais il y aura aussi le retour d’Au Cœur de Vegas, avec ces photos que j’aime faire.

Et je poursuivrai l’écriture de mon livre sur Las Vegas, que je présenterai à mon éditeur à la fin de l’été.

Avec le recul que tu as sur l’écosystème, comment analyses-tu l’évolution actuelle du poker ?

J’ai découvert le poker en 2006 à Las Vegas. Ensuite, je suis devenu joueur amateur, blogueur dès 2007, puis j’ai écrit pour plusieurs médias comme SatPoker, Poker VIP ou encore Card Player France.

J’ai ensuite vécu de nombreuses expériences dans l’industrie : Turbo Poker, Poker 770, Unibet, Live Poker, Poker 52, les WSOP pendant plus de dix ans, la King’s Lounge, le One Drop… Tout cela a été extraordinaire.

Mais avec le temps, j’ai constaté une évolution des mentalités. Moins de patience, plus de consommation, plus d’exigence. L’offre est aujourd’hui très dense.

Est-ce que cela sature ? Je ne pense pas. Les chiffres montrent que le poker se porte bien, aussi bien en live qu’en ligne. En revanche, les comportements ont changé. Et cela ne correspond plus toujours au poker que j’ai connu.

Avec le recul, notamment depuis le décès de mon père, j’analyse davantage. Mais une chose reste : le plaisir et l’envie de continuer.

Arrives-tu encore à jouer aujourd’hui ?

Moins qu’avant, clairement. Ces dernières années, j’ai surtout joué entre amis. Mais récemment, j’ai participé au tournoi presse du WiPT à Aix-en-Provence, et j’y ai pris du plaisir. Cela m’a donné envie de m’y remettre. Je vais me former à nouveau, progresser, et retrouver ce plaisir de jouer.

Tu es aussi actif dans la musique et le théâtre. Quels sont tes projets ?

Fils de flic est au cœur de mon actualité. Une adaptation en pièce de théâtre est déjà écrite, et un projet de film est en discussion. Je travaille aussi sur plusieurs autres livres.

Et j’ai repris la musique avec quelques concerts. Je ne cherche pas à jongler entre tout cela. J’essaie simplement de vivre mes passions. Comme on me l’a dit un jour : « Ne rêve pas ta vie, vis tes rêves. » Aujourd’hui, avec ma famille, je suis un homme comblé.

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Photo de Une : Caroline Darcourt / Winamax