Phil Hellmuth met 1,5 million de dollars sur la table pour faire taire ses détracteurs

Phil Hellmuth n’a jamais fait les choses à moitié. Quand d’autres démarrent l’année avec de vagues résolutions – moins d’alcool, plus de sport –, le recordman des bracelets WSOP a choisi une méthode plus radicale : engager 1,5 million de dollars de son propre argent pour prouver qu’il n’est pas seulement un monstre de tournois, mais aussi un vrai joueur de cash game.

Depuis des années, une petite musique accompagne la carrière du « Poker Brat ». Génie des fields massifs, maître des structures lentes, Hellmuth serait en revanche trop tight, trop lisible, presque dépassé dès que les jetons deviennent profonds et que les caves s’empilent. Daniel Negreanu, Tom Dwan ou Doug Polk ne se sont pas privés de le rappeler publiquement. Polk avait même lâché devant ses 500 000 abonnés YouTube : « Phil ne joue pas les parties de cash difficiles. »

Une réputation qui pique l’ego

Pour un homme qui a bâti son image sur l’excellence et les records – 17 bracelets WSOP, personne ne fait mieux –, ces critiques sont devenues un véritable caillou dans la chaussure.

« Cette réputation vient d’avant 2012 », se défend Hellmuth. « J’ai gagné au moins 10 millions en cash games. Je bats les parties partout où je vais. »

Il évoque ses sessions privées dans la Silicon Valley, où se croisent CEO de la tech et stars NBA comme Draymond Green, ou encore ses passages dans les parties télévisées et les mixed games. Mais rien n’y fait : pour une partie de la communauté high stakes, Hellmuth reste avant tout un joueur de tournois.

Un bankroll de guerre pour 2026

Cette fois, il a décidé de répondre par les actes. Dans une interview accordée à Card Player, Hellmuth a dévoilé son plan : constituer un bankroll dédié de 1,5 million de dollars et s’asseoir régulièrement avec des caves à 1 million dans les plus grosses parties de 2026.

« En 2017, après avoir vendu des sociétés pour 10 millions, je voulais déjà mettre un million de côté pour le cash. Je ne l’ai jamais fait. Cette fois, je vais le faire pour de bon », explique-t-il.

Une partie de ce trésor provient de la vente récente de Prize Picks, site de fantasy sports cédé pour 4,1 milliards de dollars, dans lequel Hellmuth détenait des parts. De quoi financer sereinement ce nouveau chapitre.

Le précédent High Stakes Duel

Ce besoin de validation ne date pas d’hier. Entre 2020 et 2022, Hellmuth avait déjà transformé les High Stakes Duel en opération réhabilitation : victoires nettes contre Antonio Esfandiari et Daniel Negreanu, succès face à Nick Wright et Scott Seiver, split face à Tom Dwan.

Contre « Kid Poker », l’affaire avait même pris un tour personnel : « Il disait que j’étais perdant à vie en high rollers. Je lui ai répondu que j’étais up 1,8 million. J’ai dû défendre mon héritage. »

Une approche à l’ancienne

Pour 2026, Hellmuth mise sur son style historique : contrôle du pot, discipline extrême, aversion au spew.

« Avec des blindes 500/1 000 $, mon million représente 1 000 big blinds. J’ai déjà perdu ça en une session, mais c’est rare. Un million, avec ma façon de jouer, c’est bien plus qu’un million pour les autres. »

Reste à voir si cette philosophie tiendra face aux requins modernes, nourris au solver et à l’agression permanente. Une chose est sûre : les invitations ne manqueront pas.

« Peut-être que ça sonne prétentieux, mais tout le monde semble vouloir jouer contre moi. »

Le décor est planté : à 61 ans, Phil Hellmuth s’offre un nouveau combat. Non plus pour un bracelet, mais pour une légitimité que les chiffres ne lui ont jamais totalement accordée. Les cartes, en 2026, auront valeur de verdict.