Alors que les WSOP Europe s’apprêtent à poser leurs valises à Prague au printemps 2026, le sentiment est celui d’un retour aux sources… sans nostalgie. Nouveau calendrier, nouvelle ville, ambitions revues à la hausse : cette édition praguoise marque une inflexion claire dans l’histoire d’un festival qui n’a cessé de se chercher, puis de se structurer, avant de s’imposer comme un rendez-vous live prestigieux.
Pour comprendre ce que représentent aujourd’hui Les WSOP Europe, il faut remonter à leur naissance. Une histoire faite de villes emblématiques, de champions entrés dans la légende, de tables finales interminables, de talents précoces… et, en filigrane, de performances françaises marquantes.
2007–2010 : Londres, la naissance d’un mythe européen
2007 – Annette Obrestad, ou l’acte fondateur
Les WSOP Europe voient le jour en 2007 à Londres, au Casino at the Empire, au cœur de Leicester Square. La WSOP s’associe alors à Betfair pour lancer un mini-festival de trois tournois : un format presque “compact”… mais avec une promesse énorme : des bracelets WSOP officiellement décernés hors des États-Unis pour la première fois.
Le symbole est fort, et le scénario parfait : Annette Obrestad, 18 ans et 364 jours, remporte le Main Event face à 362 joueurs. Elle devient la plus jeune gagnante d’un bracelet WSOP, et l’Europe comprend instantanément que ce rendez-vous n’est pas un “spin-off”, mais un chapitre officiel de l’histoire WSOP.

Anecdote “puriste” que les historiens des WSOP Europe aiment rappeler : le tout premier bracelet WSOPE n’est pas celui du Main Event, mais celui du H.O.R.S.E., remporté par Thomas Bihl après un heads-up contre Jennifer Harman. Et dans la foulée, Dario Alioto gagne le PLO, autre petit marqueur : dès le départ, Les WSOP Europe ne veulent pas être “Hold’em only”.
2008 – John Juanda sacré
Un an plus tard, retour à Londres, et un programme élargi. Le Main Event attire à nouveau 362 entrants, comme en 2007 — même taille, mais pas la même sensation : la WSOP Europe commence à installer ses habitudes, son public, sa dramaturgie.

John Juanda s’impose, et l’édition reste célèbre pour son côté “marathon” : ces heures qui s’étirent, cette fatigue qui devient un paramètre stratégique, et ce sentiment très WSOP que la victoire se gagne autant au mental qu’aux cartes.
2009 – Barry Shulman, Daniel Negreanu et la dramaturgie à l’ancienne
L’édition 2009 reste un modèle du genre : Barry Shulman l’emporte face à Daniel Negreanu. Dans les récits, c’est l’une de ces tables finales où l’on ne compte plus les heures, seulement les respirations : le poker “old school” dans ce qu’il a de plus noble — et parfois de plus cruel.

Cette année-là, la WSOP Europe gagne définitivement son statut de tournoi de prestige. On ne vient plus à Londres pour tenter un coup, mais pour écrire une ligne majeure à son palmarès.
2010 – James Bord… et un premier grand frisson français
2010 est la dernière année londonienne, et la WSOP Europe passe à cinq bracelets. On voit défiler des vainqueurs marquants : Phil Laak, Jeff Lisandro, Scott Shelley, Gus Hansen… puis James Bord, premier Anglais champion du Main Event.

Mais cette édition marque surtout un tournant côté France : Nicolas Levi signe une cinquième place, au terme d’un tournoi où il avait allumé la mèche dès le départ en terminant chipleader du Day 1A — avec Bruno Fitoussi également bien placé. Ce qui est beau, c’est que 2010 crée une image durable : celle d’un Français qui tient la pression, tient la lumière, et qui échoue finalement proche du titre. Levi lui-même reviendra longuement sur cette TF comme un moment charnière de carrière.
2011–2012 : Cannes, glamour et montée en puissance
2011 – Elio Fox et l’explosion des fields
Changement de décor : Cannes. Les WSOP Europe arrivent au Hôtel Majestic Barrière et au Casino Barrière Le Croisette, et l’événement change d’allure. Le Main Event grimpe à 593 entrées, record à l’époque, et Elio Fox s’impose pour 1,4 million d’euros.

Dans la salle, on sent aussi un autre basculement : dès 2011, les WSOP Europe comptent dans le calcul du WSOP Player of the Year, une petite ligne réglementaire qui a de grosses conséquences. Le festival ne “complète” plus la saison : il peut la décider. Sur les Side Events, un certain Michael Mizrachi s’offre un bracelet.

Pour les joueurs français, Cannes a une saveur particulière : on joue en terrain familier, la présence tricolore est massive, et le public adopte l’événement comme un grand rendez-vous local, mais avec le sceau WSOP.
2012 – Phil Hellmuth entre dans l’histoire… et les premiers bracelets français “à la maison”
En 2012, Phil Hellmuth remporte le Main Event, et devient le seul joueur à avoir gagné à la fois le Main Event WSOP à Las Vegas et celui des WSOP Europe. Un exploit historique, réalisé une nouvelle fois à Cannes.

Autre star du circuit qui décroche une breloque : Antonio Esfandiari sur l’Event #2 €1,100 NLHE.

Et côté France, 2012 est aussi une année-clé : premiers bracelets français aux WSOP Europe sur le sol français, avec notamment Roger Hairabedian (vainqueur du PLO à 5 300 €) et Giovanni Rosadoni (vainqueur du Shootout).

2013 : Enghien, le moment charnière
L’édition 2013 reste à part. Les WSOP Europe s’installent à Enghien-les-Bains, aux portes de Paris, au Casino Barrière Enghien-les-Bains. Le Main Event est remporté par Adrián Mateos, 19 ans, futur monstre du circuit mondial (photo de Une).
Mais pour la France, cette édition se raconte autrement : Fabrice Soulier atteint le heads-up. Le duel face à Mateos dure 4h30 : Mateos commence avec un avantage énorme, voit son stack fondre, Soulier repasse devant “pendant un long moment”… et le rail français donne de la voix, persuadé de toucher enfin le bracelet. Puis Mateos renverse une dernière fois la dynamique et s’impose. Soulier se consolera avec 610 000 €, mais cette finale reste, encore aujourd’hui, la plus grande occasion manquée française sur le Main Event des WSOP Europe.

Petit bonus “culture WSOP Europe” : Enghien 2013, ce n’est pas seulement le Main Event. C’est aussi l’édition où Daniel Negreanu ajoute un chapitre à sa quête de Player of the Year en remportant le High Roller à 25 600 € — preuve supplémentaire que cette étape européenne est désormais un vrai terrain de conquête pour les géants.

2015–2016 : flottements et transition
Après une pause en 2014, Berlin accueille l’édition 2015 à la Spielbank Berlin. Le Main Event, plus petit en volume (313 entrants), est remporté par Kevin MacPhee. Le festival cherche encore son point d’ancrage définitif. En coulisses, une question revient : comment faire des WSOP Europe un rendez-vous stable, capable d’attirer durablement des fields massifs ?

2017–2025 : Rozvadov, l’ère de la stabilité
Avec l’installation à King’s Resort Rozvadov, Les WSOP Europe entrent dans une nouvelle dimension. Le lieu devient un hub continental, la logistique se stabilise, et le festival se met à produire des fields qui dépassent régulièrement les 500 joueurs, puis les 700.

En 2017, le célèbre Chris Ferguson s’offre un bracelet sur un tournoi PLO pour 39,289€.

C’est aussi l’ère où, côté français, on ne parle plus seulement de “deep runs” : on parle de bracelets, au pluriel.
À Rozvadov en 2019, Bertrand “Elky” Grospellier a ajouté une ligne très symbolique à son palmarès en remportant le Colossus à 550 € des WSOP Europe, devant un field massif de plus de 2 700 joueurs. Une victoire au parfum particulier pour le Français, qui courait depuis des années après un bracelet en Europe, lui qui avait déjà conquis Las Vegas et les plus grandes scènes EPT.


En 2021 notamment, Julien Martini empile les performances et renforce son statut de référence française WSOP, tandis que Romain Le Dantec signe une victoire marquante sur un 6-Max à 10.000 € au casting très dense.
2021 – Josef Gulaš… et le feuilleton Johan Guilbert
L’édition 2021 marque un record : 688 entrées. Josef Gulaš Jr s’impose, mais le public français retient surtout la deuxième place de Johan Guilbert (Yoh Viral), pour 789 031 €. Son parcours est suivi comme une série : épisode après épisode, avec cette tension particulière du heads-up WSOP où tout le monde “sait” que l’avantage initial compte… mais où personne n’ose le dire trop fort.

2022–2024 : l’âge d’or des chiffres
Les années suivantes confirment l’élan : records, gros fields, et une sensation de rendez-vous incontournable. Les WSOP Europe deviennent une machine parfaitement huilée, un passage obligé pour tout joueur européen en quête de légitimité. (Et pour les Français, un terrain où l’on sait désormais qu’on peut gagner, pas seulement “bien figurer”.)
2025 – Dernière page à Rozvadov, avant Prague
Pour la dernière édition des WSOP Europe disputée à Rozvadov avant le transfert à Prague, Daniel Pidun a remporté le Main Event 2025 face à 659 entrants, décrochant son premier bracelet et 1 140 000 €. Peu actif depuis des années, l’ancien vainqueur EPT Berlin signe un retour historique et fait entrer, avec son frère, la famille Pidun parmi les rares fratries détentrices d’un bracelet WSOP.

Prague 2026 : l’heure d’un nouveau départ
Avec Prague, Les WSOP Europe changent de tempo. Printemps au lieu de l’automne, capitale européenne emblématique, ambition clairement affichée : la série se jouera au Hilton Prague, du 31 mars au 12 avril 2026, avec 15 tournois bracelet et un Europe Main Event à 10 M€ garantis.

Après près de vingt ans d’histoire, le festival semble prêt à écrire une nouvelle page — et, pourquoi pas, à offrir enfin un sacre français sur le Main Event, à une nation qui n’a jamais cessé de frôler le sommet, tout en apprenant au passage à convertir ses espoirs en titres sur les épreuves bracelet.
Palmarès complet du Main Event des WSOP Europe
- 2007 : Annette Obrestad
- 2008 : John Juanda
- 2009 : Barry Shulman
- 2010 : James Bord
- 2011 : Elio Fox
- 2012 : Phil Hellmuth
- 2013 : Adrián Mateos
- 2015 : Kevin MacPhee
- 2017 : Marti Roca de Torres
- 2018 : Jack Sinclair
- 2019 : Alexandros Kolonias
- 2021 : Josef Gulaš
- 2022 : Omar Eljach
- 2023 : Max Neugebauer
- 2024 : Simone Andrian
- 2025 : Daniel Pidun
