Poker sous pression : la fiscalité américaine menace la scène pro

Une ligne glissée dans un projet de loi aux allures de manifeste trumpiste pourrait bien bouleverser l’économie du poker aux États-Unis. Derrière le nom grandiloquent de « Big Beautiful Bill », une mesure fiscale discrète mais brutale a fait bondir toute la communauté : le plafonnement des pertes déductibles à 90 % des gains.

Pour les joueurs pros, cela revient à être taxé sur leur chiffre d’affaires brut, et non plus sur leurs bénéfices. Imaginez un grinder qui encaisse 1 million de dollars, mais dépense 950 000 $ en buy-ins et déplacements. Selon les nouvelles règles, il serait imposé sur le million entier, avec un redressement fiscal pouvant grimper à six chiffres. Un non-sens économique.

Même les joueurs récréatifs sont touchés. Un break-even annuel se transformerait en perte sèche, avec un impôt dû malgré l’absence de gains réels. De quoi décourager les passionnés, et affaiblir un peu plus l’écosystème live américain, déjà mis à mal par la concurrence internationale.

L’indignation est générale : Phil Galfond, Doug Polk, Chris Brewer, Brock Wilson… tous alertent, chiffres à l’appui, sur ce qu’ils considèrent comme un coup de massue fiscal. Les implications sont multiples : baisse des affluences en tournois, recul des prize pools, désaffection des joueurs étrangers, et impact collatéral sur les hôtels, restos et casinos qui profitent de ce microcosme en perpétuelle migration.

La fronde s’organise. Des représentants démocrates du Nevada tentent de faire sauter l’amendement, dénonçant un cavalier législatif glissé dans un texte qui prolonge les baisses d’impôt de 2017 et renforce le budget militaire. En coulisse, même Mike Matusow joue de ses contacts — jusqu’au FBI — pour faire pression.

En attendant, la menace est réelle. Si la loi passe en l’état, le poker professionnel pourrait devenir fiscalement intenable aux États-Unis, et pousser une génération entière à plier bagage. Ou à faire tapis, une dernière fois.